
ACTUALITÉ
Anaëlle Clot
Exposition du 18 avril au 30 mai 2026
Sur ma table de nuit, des graines de haricots.
On me demande souvent, à l’approche d’une exposition ou de façon plus générale, sur quoi je travaille. Cette question me fait toujours un drôle d’effet et c’est compliqué d’y répondre, comme si tout ce qui me traverse pouvait se résumer en une seule phrase. Cette interrogation me renvoie également à l’école obligatoire : les élèves choisissent un sujet et doivent en faire un exposé devant la classe, l’exercice étant bien encadré par l’autorité de l’enseignant·e·x, avec des objectifs à remplir. Une fois la tâche effectuée, l’élève passe à autre chose.
Pour moi, dessinatrice, il s’agit aussi d’exposer les fruits d’une recherche, mais ma position a changé. L’autorité a disparu et je suis libre d’explorer l’invisible, de ressentir l’inexplicable et de traduire en dessin un ensemble complexe d’états d’être au monde. Si je ne suis pas traversée entièrement par une pensée, une émotion, une inquiétude, le dessin va s’en tenir à une forme théorique. J’ai besoin que le processus de création ait cette fonction transformatrice et régénératrice. C’est ce que j’appelle « le compostage émotionnel » : je me transforme par le dessin.
Ma source d’inspiration première est mon environnement proche, le jardin, la forêt. La dimension du proche, du petit, de l’accessible – c’est là où je peux aller à pied. Dans ces lieux je vadrouille, je m’arrête, j’observe, je m’attarde sur les détails des écorces, des mousses, des lichens et champignons, des fleurs de bords de chemins, des insectes. Je me fais discrète, je ne suis pas seule. Je ne prélève rien ou presque rien, j’emporte des souvenirs, des sensations, des émotions et des images qui flottent, se déforment, muent, et parfois se transforment en obsession. Ces errances contemplatives sont indispensables au processus créatif. Émergent ensuite des propositions visuelles, organiques toujours, qui se situent à la lisière entre réel et imaginaire, là où le doute sert de boussole. Ici, dans l’entre-deux, la lune me raccompagne à la maison et les graines poussent pendant la nuit.
Annaëlle Clot.
Février 2026
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