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ANAËLLE CLOT

  • 16 avr.
  • 3 min de lecture
						© A. Clot
© A. Clot

18.4 - 30.5.2026 Sur ma table de nuit des graines de haricots


On me demande souvent, à l’approche d’une exposition ou de façon plus générale, sur quoi je travaille. Cette question me fait toujours un drôle d’effet et c’est compliqué d’y répondre, comme si tout ce qui me traverse pouvait se résumer en une seule phrase. Cette interrogation me renvoie également à l’école obligatoire : les élèves choisissent un sujet et doivent en faire un exposé devant la classe, l’exercice étant bien encadré par l’autorité de l’enseignant·e·x, avec des objectifs à remplir. Une fois la tâche effectuée, l’élève passe à autre chose.

 

Pour moi, dessinatrice, il s’agit aussi d’exposer les fruits d’une recherche, mais ma position a changé. L’autorité a disparu et je suis libre d’explorer l’invisible, de ressentir l’inexplicable et de traduire en dessin un ensemble complexe d’états d’être au monde. Si je ne suis pas traversée entièrement par une pensée, une émotion, une inquiétude, le dessin va s’en tenir à une forme théorique. J’ai besoin que le processus de création ait cette fonction transformatrice et régénératrice. C’est ce que j’appelle « le compostage émotionnel » : je me transforme par le dessin.

 

Ma source d’inspiration première est mon environnement proche, le jardin, la forêt. La dimension du proche, du petit, de l’accessible – c’est là où je peux aller à pied. Dans ces lieux je vadrouille, je m’arrête, j’observe, je m’attarde sur les détails des écorces, des mousses, des lichens et champignons, des fleurs de bords de chemins, des insectes. Je me fais discrète, je ne suis pas seule. Je ne prélève rien ou presque rien, j’emporte des souvenirs, des sensations, des émotions et des images qui flottent, se déforment, muent, et parfois se transforment en obsession. Ces errances contemplatives sont indispensables au processus créatif. Émergent ensuite des propositions visuelles, organiques toujours, qui se situent à la lisière entre réel et imaginaire, là où le doute sert de boussole. Ici, dans l’entre-deux, la lune me raccompagne à la maison et les graines poussent pendant la nuit.

 

                                                                                                          Annaëlle Clot. Février 2026


Anaëlle Clot naît en 1988 à Lausanne et vit aujourd’hui à Assens dans le Gros-de-Vaud.

Après avoir terminé des études de graphisme à l’éracom (école romande d’art et communication) à Lausanne en 2009, Anaëlle partagea son temps entre emploi – notamment comme graphiste au sein de l’atelier de Flavia Cocchi – et projets personnels. Elle s’est rapidement orientée vers le dessin et la peinture, d’abord en collectif à travers la publication d’un fanzine qui s’appelait Le Dévaloir (2012-2015), puis seule en réalisant ses premiers cahiers de dessin auto-édités et ses premières expositions. En 2016, Anaëlle embarquais pour un mois à bord du voilier Knut de l’association MaréMotrice pour une résidence flottante au Spitzberg. La même année, avec les artistes Simon De Castro et Antón de Macedo, elle fondait le collectif Aristide qui édite – encore aujourd’hui – des livres collectifs qui font dialoguer dessin et littérature. Autour de ce travail éditorial s’égrènent au fil des ans des sérigraphies, des installations, des ateliers et des expositions.

Depuis 2018, Anaëlle Clot vit et travaille à la campagne, proche du lieu où elle a grandi. Elle est maman et artiste visuelle, pas forcément dans cet ordre. Elle pratique le dessin, la peinture, la sérigraphie, le graphisme, l’édition, le jardinage et les vadrouilles en forêt.

En 2024 elle obtient la bourse Alice Bailly et expose sa série Germinations ruminations au Musée Jenisch Vevey. Cette série donne également lieu à une publication aux éditions art&fiction, dans la collection Sonar.

 
 
 

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